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Texte de la conférence "Le désir en question" Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Isabelle   

CONFERENCE DU 07 MAI 2007 / LE DESIR EN QUESTION

Isabelle Georis

«  Le désir sexuel est le désir de tous les désirs »

Citation de Schopenhauer



INTRODUCTION


De plus en plus, les magazines nous déversent des articles sur la sexualité. Pas une semaine sans une couverture qui donne des trucs, conseils pour rester amoureux, avoir une sexualité épanouie, attiser le désir, réaliser ses fantasmes, mais plus encore qui nous renvoient une image de ce que serait une femme ou un homme normal en termes de sexualité. On nous sert une sexualité riche et sans faille, alors que la réalité de chacun/chacune est souvent bien différente. En effet, qui n’a pas, à un moment donné de sa vie, moins de désir, un souci d’érection,… suite à une grossesse, un souci de santé, le stress ou la fatigue liés au rythme effréné que la société actuelle nous impose ? Je vous invite donc à un tour d’horizon sur la sexualité de « monsieur et madame tout le monde » et en particulier sur l’élément moteur de toute relation intime : le désir.

 



Qu’est-ce que le désir ?


« Définir le désir sexuel semble relever du défi. Fluide et insaisissable, le désir sexuel est une réalité qui traduit des émotions sur lesquelles il est difficile de poser des mots. Sa définition fait appel à des notions qui évoquent l’appétit, l’envie, le besoin, l’attirance. Le Robert définit le désir comme étant une envie d’obtenir quelque chose pour en avoir du plaisir ».1

Le désir, bien qu’associé à la libido et à la pulsion, ne se limite pas à une notion biologique. C’est plus complexe que ça !!! Le désir sexuel est l’ensemble d’éléments organiques (notamment les hormones) et psychologiques. Ce qui explique que certaines femmes éprouvent des envies spontanées uniquement pendant les règles ou lors de la phase d’ovulation.


La naissance du désir


« Pour la femme, désirer est parfois se situer face au désir de l’homme. L’action vient de lui et la femme se place en état de réceptivité (elle est objet de désir). C’est l’histoire de la Belle au Bois dormant que le baiser du prince charmant éveille à la vie. C’est une grande responsabilité pour le partenaire masculin !!! »2

Certaines femmes décrivent leur désir érotique comme provenant de sources extérieures à elles, comme attisé par différents stimuli (visuels, auditifs, tactiles, olfactifs. J’ai besoin de ses caresses sensuelles pour faire l’amour, j’adore quand il est bien habillé, je le trouve séduisant et ça me donne envie de lui.

Le désir prend également vie dans le souvenir d’un moment agréable, d’une image ou d’un scénario excitant. Je n’ai qu’à me souvenir d’un moment intense de plaisir sexuel et l’envie arrive. Dans cette situation, la femme est active. Elle prévient les jeux érotiques. Son désir est déclenché par des images érotiques emmagasinées dans sa mémoire. Savoir utiliser et développer un imaginaire érotique est un élément important pour préserver le désir.

Le désir peut donc être spontané, lié à des changements hormonaux, à des paramètres extérieurs, ou insufflé par la femme qui utilise, pour le susciter, des images comme les pensées érotiques. Utiliser ces deux derniers éléments permet de stimuler l’envie.


Désir et état amoureux


La sexualité de la femme semble plus en interaction avec les émotions que celle de l’homme. C’est pour cette raison en partie que les mécanismes du désir de la femme sont si difficiles à comprendre et que lorsque le désir fait défaut, le « traitement » est long et complexe.

Le désir sexuel de la femme est très souvent dépendant de l’état amoureux. Ceci explique qu’il soit souvent plus fort au début d’une relation sentimentale, quand l’intensité des émotions est à son sommet. Dès que la passion se calme, le désir s’émousse.

Chez l’homme par contre, le désir est préservé, plus stable car il est stimulé bien sûr par l’état amoureux, mais surtout par des pensées excitantes ou par la recherche d’un plaisir physique, la libération d’une tension dont l’issue est l’orgasme. La femme ne s’autorise pas aussi facilement l’accès au sexe pour le sexe. C’est pour cette raison également que son désir varie en fonction de son sentiment amoureux et qu’elle est plus vulnérable.

Voici ce que dit une dame qui consulte pour absence de désir : pour éprouver une envie sexuelle, j’ai besoin de me sentir proche de lui, complice. Mais dès que la routine s’installe, que mon partenaire est moins attentif et que la vie quotidienne nous éloigne, mon désir s’estompe.

La femme confond souvent désir amoureux et désir sexuel. Pourtant, on peut aimer sans désirer l’autre sexuellement ou au contraire désirer l’autre d’un point de vue sexuel sans forcément en être amoureux. L’idéal, bien sûr, étant de connaître les deux désirs associés.

D’autres ingrédients du désir sont le manque, l’absence et l’interdit. Souvent, la perspective de posséder l’objet convoité insuffle une terrible énergie désirante. Dans cette état d’esprit, un désir non comblé ou inaccessible provoquent un accroissement du désir car souvent, on désire ce que l’on n’a pas. Regardez les enfants, ils voudront toujours le nouveau jouet du voisin…

Il est donc compréhensible que les femmes qui n’éprouvent pas le manque de l’autre parce qu’il a perdu son attrait ou qu’il est trop envahissant ressentent peu ou pas de désir. Dans le cas ou le mari est trop envahissant, trop demandeur, la femme n’a pas le temps de ressentir le manque (affectif ou sexuel) et donc n’a pas la possibilité d’exprimer ses propres envies.



La finalité du désir


« Le désir peut trouver sa raison d’être dans la séduction. Sortir avec des amies, faire une rencontre, éprouver une attirance et un désir pour un homme ou encore provoquer le désir chez celui-ci permettent à la femme de se rassurer sur sa désirabilité, sa féminité. Ce n’est pas forcément l’acte sexuel qu’elle recherche, mais le simple fait d’être séduite ou de séduire. Lorsque la motivation d’une femme à entrer en relation sexuelle avec un homme se réduit à ce seul aspect, son désir, en général, est très fragile et vulnérable. Je n’éprouve du désir qu’au début d’une relation, lors de la phase de conquête. Malheureusement, chaque fois que la relation s’installe, mon désir s’anémie ».3 Nous a dit Stéphanie, 34 ans en consultation.

Il arrive aussi que la femme recherche, en passant par la phase de désir, le plaisir physique lié à l’excitation. Elle fait alors état des sensations de bien-être ressenties dans son corps lors des préliminaires et de la pénétration, bien que l’orgasme ne soit pas un souhait, une finalité. Pour d’autres, ce sera l’orgasme le seul objet de convoitise, pour le relâchement et la détente ressentis après la décharge de tension. Dans ces exemples-ci, le plaisir de l’autre est « oublié », comme l’explique une patiente : je sens mon désir monter quelques minutes avant l’orgasme. Jouir est le seul intérêt que j’éprouve lors du rapport ; le reste ne m’intéresse pas.

Le désir érotique peut parfois combler des besoins psychoaffectifs. La femme recherche à être aimée et se sentir aimée au travers du désir et de la concrétisation de celui-ci.

Désirer, c’est aussi exister et se réaliser en tant qu’individu, en tant que femme.

Habituellement, le désir érotique de chaque personne peut rencontrer toutes ces finalités. C’est le signe d’une sexualité d’adulte. Cependant, elles ne sont pas présentes tous les jours en même temps. Il arrive parfois d’avoir envie de faire l’amour pour être proche de son conjoint, dans ce cas, c’est un sentiment amoureux qui motive le rapport sexuel. A d’autres moments, ce sera le besoin physique qui sera recherché se traduisant par l’excitation, et l’envie de jouir. Et puis parfois, c’est l’ensemble de tous les éléments qui conduit à l’envie de faire l’amour !!!


Quand le désir se lasse


En consultation de sexologie, les problèmes que les femmes exposent le plus souvent sont l’absence d’orgasme et l’absence ou la perte de désir. La plainte est le plus souvent celle-ci : je n’ai pas de désir, pas envie de faire l’amour, pourtant, j’aime mon mari et je voudrais être comme toutes les femmes et avoir du désir et une sexualité épanouie. Il est compréhensif avec moi mais j’ai peur qu’un jour il me quitte pour cette raison.

L’absence de désir peut être de deux types :

- On la dit primaire pour une femme qui, au cours de sa vie, n’a jamais éprouvé de désir sexuel.

- Elle est qualifiée de secondaire quand le désir a déjà été présent mais qu’il a disparu.


Certaines femmes ont constaté qu’elles n’ont aucun intérêt pour la sexualité, et ce, peu importe le contexte ou le partenaire. On peut alors parler d’un trouble total du désir. Pour d’autres, la perte d’intérêt concerne seulement le conjoint actuel. En effet, seules, elles perçoivent des envies auxquelles elles répondent par l’autostimulation. On qualifie ce type de trouble du trouble du désir relationnel. D’autres enfin, remarquent une absence de désir dans certaines circonstances, ce qui perturbe épisodiquement leurs envies. On parle alors de trouble du désir occasionnel.

Comme le désir dépend à la fois du physiologique et du psychologique, tout dysfonctionnement de l’un ou l’autre peut entrainer une perte du désir ou un excès.


Identifier la cause de non-désir


Nous en avons parlé plus tôt, une cause organique peut modifier le désir féminin. Les raisons susceptibles d’inhiber le désir de manière ponctuelle ou à plus long terme sont nombreuses. Nous pouvons citer : un déficit hormonal (ménopause,…), certains médicaments (par exemple pour la dépression, le l’anxiété), une maladie grave et/ou chronique, les séquelles d’une intervention chirurgicale (ablation d’un sein, hystérectomie)…

La perte du désir sexuel peut être secondaire à un autre trouble sexuel comme la dyspareunie, le vaginisme ou l’anorgasmie. L’absence de désir devient alors un subterfuge pour ne pas se confronter à l’autre problème sexuel. La priorité est alors de traiter le trouble le plus important afin que la sexualité soit motivante et que le désir refasse surface.


La femme face à son désir


Selon Claude Crépault, sexologue au Québec, « pour naître, le désir a besoin d’une autorisation personnelle, donc point de désir chez celles, qui en raison de toute interférence consciente, ne peuvent prendre possession d’Eros ».4 Les conflits à l’origine de l’absence de désir peuvent donc être nombreux.

Certaines causes de l’absence de désir proviennent de la femme, de son passé, de l’image qu’elle a d’elle-même. D’autres fois, cette absence de désir est issue de mésententes relationnelles avec le partenaire. Mais rien n’est fixé et plusieurs causes peuvent interagir.

Ainsi, un état dépressif qui et comme vous le savez est caractérisé par une inexistence générale d’envies, est associé automatiquement à une perte de désir sexuel. Au contraire, lorsqu’une perte de désir est mal vécue, elle peut entraîner un état dépressif. Il est donc souvent difficile de distinguer la cause de ses effets, tant les éléments peuvent être liés.

L’absence de désir peut encore résulter d’un manque de confiance, de la peur de ne pas satisfaire les attentes sexuelles du partenaire. La femme va alors mettre en place ce qu’on appelle des mécanismes d’évitement, comme le montre le récit suivant : « je n’ai pas confiance en moi sur le plan sexuel, je me sens maladroite. J’ai peur d’être ridicule et qu’il se moque. Alors, je le laisse agir, je reste passive. Je vois bien qu’il s’ennuie avec moi. Alors, j’évite les rapports. Je sens que mon désir est bloqué par ma peur ».5


C’est aussi le cas des femmes qui ne s’aiment pas, que ce soit physiquement ou intellectuellement. Quand on se perçoit soi-même comme non désirable, il est ardu de ressentir du désir.

Le désir peut encore être altéré par un stress inhabituel comme une perte d’emploi, des problèmes d’argent ou familiaux, du surmenage). Le désir se met alors en congé. C’est à la femme d’apprendre, tout comme l’homme sait le faire, à compartimenter sa vie, afin de ne pas laisser les problèmes de la vie quotidienne submerger la vie sexuelle.

Un autre sujet grave, néfaste au désir est la survenue par le passé d’abus sexuels qui engendrent évidemment des séquelles chez les personnes qui en ont été victimes. A plus fort parler dans la sexualité, la peur de l’homme, le dégoût de soi, l’impression de n’être qu’un objet, la peur de se souvenir de ces mauvais traitements, le sentiment de culpabilité face au plaisir sont pour la femme autant d’empêchements à une sexualité épanouie.

L’absence de désir peut également traduire un mécanisme de défense pour certaines personnes. Par exemple, une femme qui a vécu une enfance difficile n’investit pas ses relations érotiques ou amoureuses. Ce comportement lui permet d’éviter une éventuelle souffrance supplémentaire.

Le désir, fait aussi peur car il ouvre une porte sur ce qui est intense, c’est s’ouvrir à l’autre, à la différence. Le désir, dans ce cas est un risque : le risque d’être insatisfait, frustré, abandonné, quitté.

La culture judéo-chrétienne et les inhibitions face au plaisir sexuel qu’elle véhicule, maintient parfois la femme dans une sorte d’ignorance de son fonctionnement érotique. Dans cette optique, c’est à l’homme de créer le désir, de deviner les envies et les besoins de la femme, de créer le contexte propice à l’émergence du désir…


Le désir peut être au centre des conflits d’un couple


- La sexualité peut devenir un instrument de pouvoir pour manifester son emprise, son hostilité envers le conjoint.

- Les disputes s’accompagnent souvent de la perte du désir.

- Un homme trop désirant va mettre la pression sur sa compagne. Il est tellement demandeur qu’il ne laisse plus l’occasion à sa partenaire d’être en manque de contact sexuel : c’est comme donner un menu 4 services à quelqu’un qui vient de manger un cassoulet : il n’en aura pas envie. C’est pareil pour la femme qui va trouver comme échappatoire l’esquive, l’évitement des gestes tendres, susceptibles de déboucher sur un rapport sexuel. De son côté, l’homme privé de rapports affectifs et sexuels va être de plus en plus demandeur car le manque sera terrible pour lui. Un conseil pour les hommes dans cette situation : laisser du temps et de l’espace à la partenaire, afin que son désir émerge par le manque de câlins.

- Parfois, l’absence d’affinités érotiques communes aux deux partenaires peut provoquer un trouble du désir. Des besoins différents entraînent une insatisfaction des deux partenaires et l’envie de se retrouver sexuellement disparaît.

- L’absence de désir sexuel peut aussi traduire la disparition du sentiment amoureux. Celle-ci peut être liée à la naissance d’un enfant, la jeune maman privilégiant sa nouvelle fonction et donnant tout son amour au bébé. La fatigue, le manque de temps et d’intimité font le reste…


Eviter les complications


Les troubles du désir sont donc un motif fréquent de consultation en sexologie. De nombreux facteurs internes et externes entrent en jeu, ce qui rend le traitement difficile. Cependant, lorsque la personne en demande a une démarche motivée l’envie de retrouver du désir d’abord pour elle, il est essentiel d’intervenir. En effet, les conséquences peuvent être nombreuses : frustration, mésentente du couple, risque de rupture, sentiment de culpabilité, peur des instants de tendresse et évitement de ceux-ci, arrêt de la sexualité, dévalorisation de soi, compromis (cède pour avoir la paix).

Le taux de réussite des sexologues est de 75 % pour le trouble secondaire et de 50 % en cas de trouble primaire. Les raison de l’échec sont l’abandon thérapeutique et le manque de motivation à accéder au désir. La femme se passe parfois bien du désir, surtout si l’homme est compréhensif et peu pressant. C’est la notion de couple en danger qui attire souvent la femme en consultation.

 

Le désir, c’est la vie ?


Avoir du désir n’est pas vital pour le genre humain ou sa survie. Cependant, c’est un élément primordial de la sexualité, une source d’équilibre vulnérable en fonction des différents événements de la vie. C’est quelque chose qui permet de se sentir vivant, désirable, aimant et aimé, qui conduit au plaisir physique et à l’apaisement.





1 Sexualité féminine au cours de la vie, Muriel Baccigalupo – Presses du Châtelet

2 idem

4 Claude crépault, une lecture sexoanalytique des sexoses, Notes de cours, UQAM, 1994.

5 Sexualité féminine au cours de la vie, Muriel Baccigalupo – Presses du Châtelet

 
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