Menu principal
Accueil
News
Appels à témoin
Présentation
Sexologie
Sélection d'articles
Espace livre
Coin ado
Photos des activités
Questions Fréquentes
Liens
Nous contacter
Rechercher
Plan du site
Administration du site
Accueil arrow Sélection d'articles arrow Entre norme, normativité et performance : où est la place de mon plaisir ?
Entre norme, normativité et performance : où est la place de mon plaisir ? Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Sabrina   

« ENTRE NORME, NORMATIVITE ET PERFORMANCE : Où EST LA PLACE DE MON PLAISIR ? »


« Est-ce normal ? »


La question de la normativité, de la normalité sexuelle est LA question pesante et angoissante qui dirige une bonne partie de la vie des hommes et des femmes.


Que ce soit le patient ou le sexologue clinicien, cette question de la normativité est quasi inévitable. Même si nous, thérapeute du sexe, désirons plus que tout bannir ce mot de notre vocabulaire professionnel, le thème nous revient à la figure comme un boomerang.


« Suis-je normal ? »

« Est-ce normal ? »

« Je ne me sent pas normal ? »

« Mon compagnon / ma compagne est-il/elle normal(e) ? »

Lourd est le thème de la conformité sociale et sexuelle. Etre dans la norme, la logique de tout le monde, ou en tout cas de la plupart de nos semblables, est devenu chose primordiale.


Et pourtant, ce thème de la normalité est partout autour de nous. Est-ce normal ou pas d’être toujours célibataire à 3O ans ? Est-ce normal ou pas de fumer dans les lieux publics ? …

Alors nous imaginons facilement le nombre de questions qui rodent dans notre cerveau au sujet de notre propre sexualité : normalité au niveau du nombre de rapport sexuel, du nombre et du type d’orgasme, … et j’en passe des vertes et des pas mûres.


Essai de définition :


Mais finalement, qu’est ce qu’une norme ? Qu’est ce qu’être normal ou anormal ?


Voyons au niveau du dictionnaire comment se définissent ces termes :


  • NORME : Etat habituel, conforme à la moyenne générale des cas et considéré le plus souvent comme une règle à suivre.

  • NORMALE : 1) Se dit de ce qui est conforme à l’état le plus fréquent.

La situation sociale est redevenue normale

2) Qui est conforme à la norme établie comme telle ou encore, qui ne présente aucun trouble pathologique :

Il n’est pas dans son état normal


  • ANORMAL : «a » Privatif : Ce dit de ce qui n’est pas conforme à la règle, ce qui est différent ou qui présente des troubles pathologiques.


La norme est dans la plupart des cas vue et confondue avec une loi. On respecte l’une avec la même ferveur que l’on respecte l’autre.


Dans le domaine de la sexualité, ce principe est d’autant plus réaliste que ce sujet est toujours à l’heure actuelle baigné dans les tabous et les non-dits. Les repères que nous avons en notre possession pour nous épanouir personnellement sont parfois encore flous. Les normes statistiques ou médiatiques deviennent des commandements divins à suivre à la lettre comme un troupeau suit le berger.


Malgré tout, nous avons tous besoin de repères pour nous guider dans notre évolution et notre cheminement personnel.


Ces normes, ces repères seront bien entendu influencés par notre éducation, notre famille, le fait que nous avons grandit et évolué dans un village ou une grande ville, selon notre profession ou encore de notre parcours de vie. Tout cela complexifie encore plus les choses et l’on comprend que certaines personnes ne savent plus à quel saint se vouer.


La norme en matière de sexualité est, on pourrait dire, un effet de masse, le résultat de la majorité, où chacun décide individuellement de le suivre ou pas. La loi en matière de sexualité est quant à elle incontournable et punissable en cas de non respect. Tout cela pour le bien-être de nos concitoyens. La sexualité doit respecter certaines limites, rester en accord avec l’éthique, les mœurs et le droit en rigueur dans notre pays. La pédophilie, la zoophilie, nécrophilie et autre perversions sexuelles restent inacceptables dans une société civilisé comme la notre. La sexualité reste un acte qui se pratique avec quelqu’un d’humain, de vivant, de consentant, de mature (en âge) et qui n’a pas de lien de sang direct.


Entre performance et consommation :


Aujourd'hui, la sexualité devient presque une affaire de santé publique, avec une évaluation quantitative et l’introduction du nouveau concept de performance. Une forme de norme physiologique, arithmétique devant un projet d’épanouissement pour ainsi dire mesurable et dont l’écart devient susceptible de guérison. Autant dire une utopie de santé sexuelle parfaite. Avec le label de la science, tous les espoirs et toutes les revendications sont permis. Tout peut guérir et on a le droit de l’exiger.


« Ces courbes, graphiques et statistiques sont incapables d’appréhender l’élément irréductible de l’activité sexuelle, cet élément intime qui demeure insaisissable, étranger aux regards de dehors (…) » G. Bataille


Nous vivons dans une société de consommation. Le sexe est notre bien propre et nous avons le droit d’exiger d’en jouir comme il nous plait. Loin d’être une simple partie de notre corps, notre sexe devient une sorte de jouet incassable ou tout au moins réparable dans les 24h. C’est comme le marché des GSM, on veut toujours le dernier cri, celui qui vibre, prend des photos, permet de surfer sur le Net, possède des sonneries polyphoniques, est tri bandes, avec MMS, SMS, et miroir inclut pour les femmes. La société et les médias nous vendent de la sexualité épanouie, jouissive, multiple, sans risques ni défauts dans n’importe quel magazine. Il n’y aurait qu’à s’abaisser pour ramasser ces trésors multiples.


On parle de sexe comme de confiture, sans tabous, sans limites, sans bornes, le dénudant de toute crainte. Mais dans la foulée, on lui a aussi retiré toute son importance, toute sa fragilité, tout son mystère et sa réalité.

 

Ce qui ne fonctionne pas dans la sexualité est vu comme une nouvelle maladie qu’il faut éradiquer au plus vite.


En définitive, on vise la performance physique en oubliant le seul bien-être de se laisser aller avec harmonie avec son partenaire.


La sexualité est devenue un bien de consommation, d’exploitation. Il rapporte et surtout, fait rêver, espérer notre société.


Le plus grand exemple de cette industrie grandissante est le magazine féminin et maintenant, masculin. Un support plastifié, en couleur, qui vous vendra à coup de gros titres les recettes miracles pour arriver à l’orgasme en cinq leçons ! Ne citons que quelques titres en guise d’illustrations :

  • Comment faire l’amour à une femme toute la nuit ;

  • Comment faire l’amour à un homme toute la nuit ;

  • Le Kama Sutra ou les portes de la jouissance : 600 positions différentes (livret en cadeau illustrant cinq positions) ;

  • Les aphrodisiaques de l’amour ;

  • L’orgasme féminin à la portée de toutes ;

  • La meilleure position pour un orgasme vaginal extraordinaire ;

  • L’érection du siècle : comment tenir toute une nuit ;


Que de mensonges, simplifications des choses et des mécanismes du corps qui rassureront d’un côté et angoisseront de l’autre. Combien de femmes et d’homme ne remplissent pas les cabinets des sexologues, gynécologues, urologues et autres thérapeutes pour exprimer leur peur de ne pas jouir comme dans les magazines, avec la même intensité et dans les mêmes circonstances. Certaines se préoccupent de la taille et de l’excitabilité de leur clitoris, de l’existence du point G, etc. Certains hommes ont les mêmes angoisses : taille et largeur du pénis, qualité et quantité de l’éjaculat, odeur et couleur du sperme, temps de pénétration, nombre d’orgasme procuré à sa partenaire, … Tout est passé au scribe et est source d’ulcère à l’estomac.


Ces publications sont un véhicule pour ces nouvelles normes de la sexualité : normes de durée, d’intensité, de positions, de comportement sexuel, etc. qui créent de nouvelles pathologies quand la personne se sent mal dans sa peau.


Ceci dit, les magazines ne doivent pas faire oublier les autres moyens de diffusions des nouvelles normes, la télévision par exemple. Les thématiques en rapport à la dimension sexuelle occupent une place de choix dans les débats publics, documentaires et autres émissions de vulgarisation. La sexualité est une cible fascinante pour faire grimper l’audimat.




A quoi cela nous conduit ?


En contrepartie, les gens se sentent coupables de mal fonctionner par rapport à la moyenne statistique qui évalue la normalité acceptable. L’inquiétude est grande quand on n’est pas un athlète de l’orgasme « comme il est mis dans la revue ». 

Actuellement, l’orgasme est considéré comme l’aboutissement incontournable de la relation sexuelle car il est défini comme un point culminant du plaisir chez l’homme et la femme. Mais quand l’orgasme devient le but unique de la relation sexuelle, le plaisir s’avère moins intense et l’érotisme s’appauvrit. L’échange intime, la communication des émotions intimes, l’imaginaire érotique, etc. sont de plus en plus abandonnés pour viser le point ultime d’une jouissance sans bornes, dont la société nous impose sa hiérarchie.


Plusieurs questions se posent et restent encore sans réponse : l’orgasme, tout comme le plaisir est-il devenu une corvée ? La sexualité est-elle devenue une peur, une angoisse pour certains d’entre nous ?


Santé sexuelle :


Nous essaierons de garder en tête le terme de « santé sexuelle » au lieu de normativité. En effet, la santé sexuelle est une notion beaucoup plus subjective et apprend bien plus de choses sur le comportement sexuel de chacun, que ce soit au praticien comme au patient. Le but d’une thérapie sexologique est de mieux comprendre comment l’on fonctionne pour pouvoir mieux s’ajuster à ces propres désirs ou à ceux de son/sa partenaire, et non pas savoir à combien de pourcentage on se trouve du peloton de tête, ou des « derniers » !!! La santé sexuelle se différencie justement de la masse par son caractère subjectif et individuel.


La sexualité doit être un épanouissement, une source de bien être, non pas une contrainte, un réflexe, un acte incontrôlable ou encore un cours magistral que l’on apprend par cœur et qui est le même pour tout le monde.




Comment conclure un sujet qui touche à la sexualité humaine. Tant de choses pourraient encore être dites, combien de sujets à aborder, de tabous à soulever, … pour continuer à apprendre et à évoluer.

Si je peux faire passer un message de fin, ce serait celui qui dit que la peur, le doute, le changement dans la vie sexuelle est une chose normale car il prouve que nous évoluons et nous nous remettons en questions. Le tout, est que ces peurs ne s’installent pas en dictateur pour amoindrir notre épanouissement.

La sexualité est comme la vie, en perpétuelle évolution… Il faut prendre le temps de s’adapter…



Bonne route à chacun et chacune.







 
< Précédent   Suivant >
unmondefou.be copyrigth